[berita] Métamorphoses complices

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QUE FAIRE À JAKARTA ?

Métamorphoses complices

Par Anne Suchanecki | Publié le 19/06/2018 à 23:30 | Mis à jour le 20/06/2018 à 09:49

En ce début d’été, la Galerie Nationale de Jakarta présente une exposition tout à fait unique, une partition moderne à deux voix. Ces deux voix sont celles du peintre contemporain Hanafi et de l’écrivain et intellectuel Goenawan Mohamad. Si ces deux artistes font partie de longue date du  paysage culturel Indonésien, leur collaboration est une première et surprend tant par son résultat que par son processus. L’exposition s’intitule 57×76 (âges respectifs des artistes) et sera à l’affiche du 21 juin au 2 juillet. 

En avant première de l’événement, Lepetitjournal.com a rencontré le commissaire de l’exposition, Agung Hujatnika. Aujourd’hui considéré en Asie du Sud-Est comme l’un des curateurs les plus doués de sa génération, Agung nous éclaire sur ce travail collaboratif surprenant.

Coup de projecteur sur les deux artistes 

HANAFI est un peintre abstrait bien connu du public Indonésien. Après des études à Sekolah Seni Rupa Indonesia à Yogjagarta, il vit et travaille à Depok où il a créé  Studiohanafi, lieu de partage et d’apprentissage artistique. Son esthétique minimaliste et sa palette de couleurs élégante et feutrée (or, brun, gris, bleu, blanc…) produisent des espaces qui paraissent imprégnés de lumière naturelle ; ses lignes créent le mouvement. La poésie abstraite de ses toiles est parfois teintée d’une dose subtile de réalisme.

Hanafi expose à un rythme effréné depuis le début des années 90, en solo ou en collectif, beaucoup en Indonésie mais également en Chine, Espagne, Malaisie, Hong Kong, USA, Canada. Il aime particulièrement les projets collaboratifs et surtout lorsqu’ils l’emmènent au delà de son art visuel.  Ses collaborations avec des écrivains, musiciens, chanteurs, artistes de scène produisent à chaque fois des œuvres uniques pleines de richesse et de modernité.

On ne présente plus GOENAWAN MOHAMAD, intellectuel, journaliste, poète, essayiste, dramaturge, humaniste. Il fait des études à Universitas Indonesia et au Collège d’Europe qui le récompensera en 2007 pour ses combats en faveur de la tolérance et de la liberté d’expression. Un esprit brillant, un humour constant, une voix critique qu’il met au service de ses passions pour les arts et les lettres, mais aussi au service de la démocratie, des droits humains et plus particulièrement de la liberté de la presse. Tempo Magazine, la Fondation Lontar, Salihara Komunitas, AJI (Alliance pour le Journalisme Indonésien) sont autant de succès associés de longue date à son nom.  Mais le public a découvert récemment un autre de ses nombreux talents : celui du croquis. Si Goenawan Mohamad croque selon ses envies du moment depuis de nombreuses années, ce n’est que depuis peu que ses dessins sont exposés au public.

Crédits photos: Witjak Widhi / Anne S

Un dialogue libre et intuitif 

C’est lors de l’exposition « Kata Gambar » à l’espace d’art Dia.Lo.Gue en Février 2017 qu’Hanafi suggère à G. Mohamad l’idée d’une collaboration.  S’ils s’apprécient mutuellement, les deux artistes n’ont jamais travaillé ensemble, mais la réponse positive est immédiate et spontanée.

« Spontané » est d’ailleurs un mot qui revient souvent dans la bouche d’Agung Hujatnika pour décrire le cheminement de ce travail commun… Pas vraiment d’agenda, la seule règle c’est de continuer l’ébauche, de répondre à l’autre. Le dialogue commence fin 2017. Etonnamment, les artistes n’auront travaillé physiquement ensemble que peu de fois. La plupart du temps, leur collaboration ressemble à un mélange de correspondance épistolaire et de « cadavre exquis » des surréalistes : Hanafi commence par quelques coups de pinceau sur la toile ou le papier. Il le fait parvenir à G. Mohamad par coursier, sans commentaire, et l’artiste y répond au crayon, à l’encre ou au pinceau. Dans certains cas l’apport de G. Mohamad est minimal car il considère que l’œuvre est déjà bien aboutie. Dans d’autres cas, il n’ajoute rien, et pour Hanafi, la décision de ne pas toucher à l’œuvre reçue est une réponse en soi.

A chaque étape, la réponse est imprévisible et c’est aussi ce qui amuse les deux complices !

Même lorsqu’ils travaillent ensemble, aucun échange sur le concept ou sur ce que l’un ou l’autre devrait ajouter ne vient troubler l’inspiration. Lorsqu’il leur arrive de discuter, ils se racontent des histoires, échangent des plaisanteries ou parlent d’autres artistes et de leur art. C’est ainsi qu’apparaitront spontanément des séries sur Max Ernst ou Antoni Tàpies, la tête de Picasso ou encore l’assassinat de Marat par David. Ce n’est pas toujours Hanafi qui est au pinceau et G. Mohamat au crayon,  leur liberté est totale et leur interaction fascinante. La connaissance qu’ils ont l’un de l’autre et de leur travail, leur admiration mutuelle et cette volonté de surprendre tout en respectant le style et le travail de l’autre fait penser aux amis très proches où l’un commence une phrase et l’autre la termine…

L’osmose entre les deux artistes est telle que, même en connaissant le style et la personnalité de chacun, on ne peut plus distinguer ce qui est apporté par l’un ou l’autre.  Lorsque la métamorphose est achevée, Hanafi et Goenawan Mohamad apposent leurs signatures l’une à côté de l’autre comme une seule et même personne.

Environ 70 œuvres seront exposées parmi les 200 réalisées en quelques mois. En les admirant, pensez à la façon dont chacune est née, vous apprécierez d’autant plus cette collaboration fascinante !

Expo du 21 juin au 2 juillet à la Galerie Nationale de Jakarta –

Jl Medan Merdeka Timur N 14 – Jakarta Pusat.

 

Ouvert du mardi au dimanche sauf jour férié

9h à 16h pour l’exposition permanente

10h à 19h pour l’exposition temporaire

 

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Anne Suchanecki

https://lepetitjournal.com/jakarta/a-voir-a-faire/metamorphoses-complices-233562

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